Environnement : comment donner plus de place à la biodiversité dans les villes ?

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La construction des villes doit changer fondamentalement et laisser plus de place à la nature. Des exemples montrent que c’est possible lorsque les politiques et tous les acteurs travaillent de concert. 

 

 

À la veille du Congrès mondial de la Nature en 2020 à Marseille et, plus proche encore, du Sommet des deux rives de la Méditerranée, le 24 juin prochain, l’Avitem (l’Agence des villes et territoires méditerranéens durables) a décidé de consacrer une journée de débats et dialogues au sujet de la biodiversité urbaine. Quelque dizaines de personnes étaient réunies vendredi 26 avril à La Coque, lieu carrefour des débats autour de l’innovation locale.

 

Une petite définition est de rigueur avant de rentrer dans le vif du sujet. « La biodiversité, c’est un catalogue du vivant. C’est aussi et surtout la relation que les êtres humains entretiennent avec leur écosystème. Une relation qui nous apprend à nous adapter en permanence », résume ainsi Bernard Valero, directeur de l’Avitem. Une adaptation qui se révèle plus que nécessaire aujourd’hui et qui passe par un changement de vision. Sur le territoire de la métropole Aix-Marseille-Provence, 900 hectares d’espaces agricoles et 360 d’espaces naturels ont ainsi été consommés chaque année depuis 30 ans. Une habitude qui ne peut plus continuer. « Nos villes en l’état ne seront plus viables dans les prochaines décennies. Elles doivent changer fondamentalement », met en avant Antoine Cadi, directeur recherche et innovation au sein du CDC biodiversité. Des propos appuyés par Marie Baduel, directrice stratégie de l’Avitem : « Il y a urgence de rompre avec les modèles consuméristes de l’urbanisme qui faisaient qu’on s’étendait et s’étendait encore ».

 

« Remettre les mains dans la terre »

Un retour à la terre, c’est ce que préconise Mireille Benedetti, présidente de l’Agence régionale pour l’environnement et la biodiversité (ARB-ARPE). Selon elle, le grand défi aujourd’hui est que « les habitants sortent du béton pour remettre les mains dans la terre ». Pour y arriver, la réponse passe indéniablement par les politiques, d’après celle qui porte aussi les casquettes de maire adjointe de La Ciotat et conseillère de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur. « Les politiques vont devoir s’interroger sur comment bâtir demain et comment reconquérir des villes durables ». La réponse se trouve notamment du côté de la biodiversité. Ainsi que d’une bonne connaissance de l’environnement et l’écosystème qui nous entourent afin de pouvoir les protéger. Elle voit aussi dans l’éducation et la génération future un moyen de toucher et reconnecter les plus anciens à cette question de la nature en ville.

 

Quels avantages de plus de biodiversité urbaine ?

Euroméditerranée, établissement public d’aménagement, fait partie des acteurs au cœur de ce changement. Si l’aménageur affiche aujourd’hui une volonté claire d’amener de la biodiversité sur son périmètre, tel n’était pas le cas lors de la première phase du programme, débutée dans les années 1990. « Sur la phase 2, il y a un très fort parti pris sur la biodiversité et notamment la place de l’arbre en ville », souligne Jean-Christophe Daragon, chargé de mission développement durable chez Euroméditerranée. Axe fort en ce sens : la requalification de 10 hectares du site ferroviaire du Canet en un parc métropolitain dit « des Aygalades », associant eau et verdure.

Une étude menée par l’établissement public, et plus particulièrement sur les îlots de chaleur urbains, montre les avantages de la nature en ville et la nécessité de ce parc. Dans les centres villes, des microclimats urbains se créent souvent et enregistrent des températures très élevées. Le périmètre d’Euroméditerranée n’y échappe pas. « Le parc des Aygalades aura un rôle important dans la régulation climatique du quartier puisqu’il permettra d’en rafraîchir quasiment les deux tiers, soit 100 hectares », précise Jean-Christophe Daragon.

 

Image de projection du parc des Aygalades © Euroméditerranée

Éveiller les consciences

Pour que le changement soit significatif, il faut que tous les acteurs du développement des villes et les habitants aient conscience de sa nécessité. Le projet « Nature for city life », lancé en septembre 2017 par la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur et des partenaires, a justement vocation à montrer à tous, aussi bien aux institutions qu’aux citoyens, les avantages que peut apporter la nature quand elle est pensée en même temps que la construction des villes. Différentes actions sont ainsi menées depuis bientôt deux ans et jusqu’en 2022 pour toucher le plus grand nombre et éveiller les consciences sur la nécessité de plus de biodiversité urbaine : de l’information et de la sensibilisation à la biodiversité, des études comparatives avec l’installation de capteurs dans différentes zones des métropoles, là où il y a de la nature et là où il n’y en a pas, des formations, des forums, des ateliers…

 

Un autre projet, mené notamment par l’Avitem et baptisé « MADRE » (pour métropole et agriculture durable pour des relations équitables) s’est lui attelé à répertorier les initiatives et innovations dans les territoires en ce qui concerne l’agriculture urbaine. Jardins partagés, mise à disposition de terrains horticoles dans les résidences, mise en place de coopératives participatives… Les initiatives n’ont pas manqué. Terminée depuis l’été 2018 après 18 mois d’enquête, l’étude a permis de relever deux points essentiels qu’a détaillé Pascal Bergeret, directeur de l’institut agronomique méditerranéen de Montpellier : « La prise de conscience est un élément clé pour faire émerger des actions. Toutefois, elles se heurtent à des freins. Le principal est le cloisonnement. Il faut plus de mise en réseau entre les acteurs pour partager les expériences et mobiliser les forces vives ». La nature a besoin d’aide pour reprendre ses droits dans les villes.

Publication du Journal Go Met' - Agathe Perrier