Juin 2019

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Compte-Rendu de l’Atelier « Quelle biodiversité pour les villes méditerranéennes ? »
 

La deuxième édition des Ateliers de l’AVITEM s’est tenue le vendredi 26 avril dernier à Marseille sur la thématique « Quelle biodiversité pour les villes méditerranéennes ? », (pour mémoire, la première édition de ces Ateliers s’était tenue à Marseille le 6 juillet 2018 sur le thème du Nexus eau-alimentation-énergie). A travers un état des lieux sur les pratiques et sur les recherches menées sur ce sujet, l’issue de cet atelier a mené à la formulation de plusieurs recommandations à l’échelle de la planification urbaine et à l’attention des aménageurs et des décideurs politiques.


Labellisé « Sommet des deux rives », soutenu par l’IPBES (plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques) et dans la perspective du Congrès Mondial de l’UICN qui se déroulera à Marseille en juin 2020, cet événement a réuni chercheurs, collectivités territoriales, aménageurs, entreprises, institutions et associations, pour une journée de débats et d’échanges sur la question de la biodiversité en ville. La participation d’un groupe nourri d’étudiants en Master de l’Institut d’Urbanisme et d’Aménagement Régional (IUAR) et la venue d’une délégation du Centre de Coopération pour la Méditerranée de l’UICN (Malaga) ont souligné l’intérêt soulevé par cette initiative. Ouvert par la Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur (Mme Mireille Benedetti, Présidente de l’ARPE) et conclu par la Ville de Marseille (M. Jean-Charles Lardic, Directeur de la Prospective), l’atelier s’est déroulé sur une journée, structurée autour de quatre tables rondes :


• La biodiversité au coeur du métabolisme urbain
• Le citoyen et la nature en ville : fonctions socio-environnementales de la biodiversité urbaine
• La biodiversité urbaine, levier d’attractivité territoriale en Méditerranée
• Intégrer la biodiversité dans les projets urbains en Méditerranée


Le fil rouge qui ressort des travaux de cette journée fait apparaitre une nouvelle perception et un nouveau regard sur la place et le rôle de la nature urbaine et de l’importance qu’y occupe la biodiversité.
Un véritable clivage apparait entre le souhait d’une nature domestiquée et celle d’une nature intra-urbaine spontanée, porteuse de biodiversité. Cette nature, presque trop naturelle, soulève la question de l’acceptabilité sociale d’espaces naturels foisonnants, non gérés, au coeur même de la ville. Cette problématique est notamment perceptible dans le contexte méditerranéen où la végétation a tendance à marquer les saisonnalités. La « beauté » de la plante spontanée est réduite dans le temps et est souvent vécue, à certaines périodes de l’année, comme quelque chose de déplaisant et contraire à l’idée que l’on peut se faire d’une nature idéale et acceptable sur le plan paysager. Il faut donc réussir à amener une conversion du regard sur la nature, qui passe par une éducation au changement de perception de celle-ci. Un des défis du développement durable est celui du passage d’une vision anthropocentrée et utilitariste de la nature vers une compréhension et une acceptation de cette nature. Cette représentation des citoyens, celle d’une nature contrôlée, est souvent celle à laquelle répondent les aménageurs et les acteurs qui font la ville. Il est donc nécessaire d’amener citoyens comme décideurs et aménageurs à une prise de conscience de la complexité des écosystèmes et de la nécessité de développer une volonté politique autour d’une nouvelle vision posée sur la biodiversité urbaine en Méditerranée.


Ce nouveau regard implique une lecture et une gouvernance renouvelées de la relation homme-nature en ville, à travers de nouvelles complexités :


• Tout d’abord, la complexité de l’approche. Un nouveau regard sur la nature en ville doit avant tout passer par la redéfinition de la façon de concevoir la ville et nécessite de sortir des silos, de définir des verticalités collaboratives, et d’intégrer au projet des compétences pluridisciplinaires. Elle implique également d’améliorer l’articulation entre maitrise d’ouvrage et maitrise d’oeuvre, ainsi qu’une implication et une volonté politique véritablement assumées afin de parvenir à appréhender la biodiversité comme un bien commun et organiser sa gestion sur un mode coopératif ;


• La complexité de l’évaluation également. Celle des enjeux de la biodiversité urbaine et notamment de ses externalités positives. A ce titre, il semble essentiel de promouvoir le dialogue entre chercheurs, citoyen, décideurs politiques et aménageurs. Si la science s’est penchée sur les effets bénéfiques de la nature en ville, tant du point de vue social, qu’environnemental, sanitaire et économique, l’opinion publique et les décisions politiques qui y répondent peuvent être éclairées par l’état de la recherche à ce sujet-là et se détacher d’une approche « sensible » de la nature par une prise de connaissance des nombreux effets bénéfiques de celle-ci sur leur vie quotidienne ;


• La complexité de la symbolique ensuite. La question de la nature en ville soulève celle l’humanisation de la société en ce que la biodiversité peut inspirer l’humain. Il s’agit là d’observer ce que les expériences de biodiversité vécue, notamment à travers les dispositifs de jardins collectifs, peuvent entrainer comme nouvelles formes de développement social et économiques. C’est une nouvelle intelligence collective qui s’appuie sur l’innovation sociale et technologique, sur la reconnexion du vivant et du territoire pour élaborer des projets communs en valorisant une approche collaborative.


• Enfin, la complexité d’une gouvernance organisée autour de principes rénovés : élargir la réflexion à l’échelle méditerranéenne qui serait celle de la mise en réseau des initiatives locales dans une démarche de redéfinition du concept d’attractivité territoriale qui ne se base pas sur la compétitivité mais bien sur l’identité des territoires ; une mondialisation au coeur de laquelle la question environnementale est prise en compte en amont du projet, dans la constitution duquel, à toutes les échelles, la préhension du temps, et notamment du temps long est intégrée : pour les aménageurs, la prise en compte de la livraison d’un équipement de nature est le début d’un cycle et non pas l’achèvement d’un processus. A cet égard, le projet de remise en nature du Parc des Aygalades porté à Marseille par l’E.P.A Euroméditerranée a particulièrement retenu l’attention.


En mobilisant un public nombreux et diversifié, cette deuxième édition des « Ateliers de l’AVITEM » a été un succès pour plusieurs raisons :
• Le choix d’une thématique sur laquelle les cercles de sensibilités ne cessent de s’élargir ;
• La gravité d’un sujet qui constitue l’un des, hélas, trop nombreux indicateurs de l’urgence environnementale et climatique sur l’espace méditerranéen ;
• La qualité des témoignages et des pistes de solutions présentées ;
• La pertinence de cette initiative qui constitue un double jalon dans la perspective du Sommet des deux Rives, ainsi que du Congrès Mondial de l’UICN que Marseille accueillera en juin 2020.

 

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Flavie Guselin