Mai 2019

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Restitution de l'atelier #1 "Relation Ville-Port" - Gênes les 16 et 17 mai 2019

 

Dans le cadre de l’animation du Réseau des aménageurs de la Méditerranée, la thématique des réorganisations des fronts d’eau et des relations ville-port est apparue comme extrêmement structurante dans la réflexion des membres du Réseau. En effet, quand les projets d’aménagement urbain ne sont pas intégralement ordonnancés autour de la restructuration de friches urbano-portuaires, ils comportent généralement une façade littorale partagée entre installations industrielles et espaces de vie urbaine (commerces, logements, espaces publics, etc). Il a donc été décidé de porter ce travail en deux étapes :

 

  • un premier atelier traitant de la relation villes-ports en Méditerranée (port urbain-port aménageur-port intelligent), structuré autour de l’expérimentation et le savoir-faire des partenaires afin d’en faire ressortir l’expertise technique et les solutions opérationnelles de requalification du foncier littoral portuaire : c’est ce qui a été réalisé à Gênes les 16 et 17 mai derniers, en lien direct avec le Porto Antico. Cet atelier a également donné au Réseau l’occasion de valoriser l’expertise de nouveaux partenaires, parmi lesquels, des autorités portuaires (Gênes, Marseille, Durrës-Albanie), des réseaux (AIVP, Medports, MedCités), des autorités municipales (Gênes, Saïda-Liban), des entreprises dont Capénergies et Systematica et des chercheurs académiques. Le détail de cet exercice est présenté ci-après ;

 

  • un second atelier, intitulé "Imbrication Ville - Port : vers une nouvelle urbanité durable" dans le prolongement du précédent, pour porter un regard plus doctrinal sur les nouveaux espaces urbains créés par les autorités portuaires et locales, que ce soit en termes de diversification économique, de notoriété internationale, de gouvernance partagée et d’impacts concernant l’ouverture du port et son intégration urbaine, innovante et durable. C’est le sujet qui sera traité à Marseille le 11 septembre, en lien avec le GPMM, le réseau Vivapolis, Euroméditerranée, l’AIVP et la DGTIM.

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Jusqu’à il y a quelques années, l'espace résiduel entre la ville et le port, souvent matérialisé par une barrière plus ou moins franchissable, constituait une zone floue entre les activités urbaines et les activités maritimes. Il s’agissait parfois d’une zone de coopération, mais plus fréquemment d’une zone de « concurrence », pouvant présenter soit des espaces dégradés soit au contraire une régénération et une croissance dynamique. Depuis, le port est devenu un espace multifonctionnel et polyvalent : c’est à la fois une partie du front de mer et un espace public urbain, une zone industrielle et un point de connexion multimodal, une zone logistique et de dépôt, un point d'accès et une partie du paysage, une zone de loisirs et une zone commerciale. Acteurs de la refondation territoriale, économique et environnementale, les ports de Méditerranée se débarrassent de plus en plus facilement de leur position fractale et isolée par rapport à la ville et à la mer et se structurent autour d’un processus de « réconciliation » et de reconnexion des territoires.

 

Les experts réunis au Centro Congressi dei Magazzini del Cotone au Porto Antico  de Gênes ont tous confirmé la cohérence croissante dans laquelle s’inscrit à présent la relation entre la ville et le port. Sujet de maintes études et opérations de gouvernance partagées, les ports s’inscrivent maintenant dans une identification conjointe des priorités de la ville et dans la définition de stratégies partagées en lien avec la pertinence des enjeux urbains, dans un cadre qui valorise fréquemment les partenariats publics-privés.

 

L’atelier a été introduit par le président de l'Autorité portuaire de la Ligurie occidentale, M. Paolo Emilio Signorini, l'ambassadeur Bernard Valero, directeur général de de l’AViTeM et le directeur général de Porto Antico di Genova SpA, M. Alberto Cappato, qui accueillait l’atelier. Les orateurs de cette introduction ont rappelé que compte tenu du fait que la quasi-totalité des principaux ports historiques de la Méditerranée sont très vieux, le sujet de l’intégration du port et de la ville est un sujet crucial. Ce qui a été fait au Porto Antico de Gênes est exemplaire à au moins deux titres : l’échelonnement rationnel des projets en fonction des priorités et des moyens, la capacité à porter des projets aptes à réellement transformer le paysage tout en répondant à ces priorités.

 

La première session a porté sur les dynamiques territoriales induites par les projets de reconversion portuaire : Marie Baduel d'AViTeM, Konstantia Nikopoulou de MedCités, Redi Kodra de l'Autorité portuaire de Dürres et Mustafa Hijazi de la ville libanaise de Saïda ont présenté et échangé leurs visions sur les impulsions et les ajustements des acteurs engagés dans la grande recomposition des activités et des paysages des villes portuaires. La docteure en architecture de l'Ecole Polytechnique de Gênes, Beatrice Moretti a modéré les débats de cette première session.

 

Marie Baduel de l’AVITEM a, en premier lieu, posé la nouvelle géographie du paysage maritime en Méditerranée : il se recompose sous la double influence de l’évolution mondiale du transport de marchandises et du rôle considérable que jouent dans cette architecture les nouvelles puissances asiatiques et pacifiques. En découlent d’une part un bouleversement des routes maritimes et des nœuds traditionnels qui s’adaptent en conséquence (Gibraltar, Panama, Suez) et, d’autre part, des processus d’obsolescence ou de revalorisation des ports.

 

Le nouveau défi porté par les ports méditerranéens consiste donc à devenir acteurs de la refondation territoriale économique et environnementale. Trois impacts immédiats vont remodeler leur action en tant qu’aménageur :

  • dans le centre-ville, les ports contraints saisissent l’opportunité de se restructurer vers des activités plus urbaines, ce qui ouvre une nouvelle page de la relation entre les ports méditerranéens et la ville. Si les travaux des années 90 montrent que le port et la ville ont connu une dissociation spatiale marquée, cet antagonisme est dépassé. Les ports se conçoivent aujourd’hui comme des espaces stratégiques d’une ville globale d’échanges internationalisés. Dès lors, ils deviennent acteurs de la mutation urbaine avec la multiplication des grands projets dont un des plus aboutis est le Porto Antico de Gênes, qui a été parmi les premiers ports portés par une vraie volonté de s’ouvrir à la ville. Le port, attracteur urbain, devient un acteur essentiel du territoire urbain ;
  •  la montée en puissance des activités de transbordement qui va provoquer un desserrement des ports en eaux profondes, souvent éloignés des centre villes et induisant une recomposition urbaine à des échelles plus large que portuaires, notamment à l’échelle métropolitaine ;
  • la question des ports durables qui va être récurrente dans tous les contextes, avec un enjeu de transition, d’innovation et d’acceptation sociale.

 

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Pierre Massis - Flavie Guiselin