Série n°5 sur les métropoles méditerranéennes : villes et ports

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Le mercredi 26 septembre, l’AVITEM a organisé et animé à Tunis, à l’Institut français, une table ronde sur le thème : « Les ports en Méditerranée : une nouvelle page de l’histoire urbaine, patrimoniale et territoriale. Regards croisés : Tunis – Marseille – Gênes – Tanger ».

 

Etaient regroupés Sami Battikh, PDG de l’Office de la Marine Marchande et des Ports de Tunis et vice-président du réseau MED PORT ; Amine Benaissa, Architecte-Urbaniste ; Alberto Cappato, Directeur du Port antique de Gênes ; Inès Dahmouni Mimita, Architecte tunisoise, spécialiste des ports.

 

Tempête sur les ports

L’AVITEM est une agence de coopération spécialisée sur les thématiques des villes et territoires méditerranéens. Fatalement, aborder la question portuaire pour nous, prend le biais d’un questionnement sur la nature des liens entre villes, territoires et l’objet portuaire. Cette initiative s’inscrit par ailleurs dans le cadre d’un atelier métropolitain qui regroupe des spécialistes de l’aménagement du pourtour méditerranéen et cette année le port fut un de nos fils rouges que nous avons pu étudier dans le contexte de Tanger-Tétouan, de Tunis et plus tard à Tirana.

 

Les ports sont essentiels pour comprendre l’histoire longue du développement et de l’internationalisation de la Méditerranée. Ils intensifient les liens entre les différentes villes méditerranéennes mais également ils ouvrent très tôt la Méditerranée à l’espace mondial : à l'Ouest, les Carthaginois connaissaient l'archipel britannique ; à l'Est, la « route de la soie » aboutissait dans les ports du bassin levantin tandis que partant d'Égypte, la « route des épices et des pierres précieuses » menait jusqu'aux Indes et la « route de l'encens et de l'ivoire » jusqu'à la côte orientale de l'Afrique.

 

Faisons un grand écart pour arriver directement à notre histoire contemporaine des ports. Plus de 20 % du commerce mondial passe par Gibraltar. Ouvertes par nature sur l’extérieur, les économies des villes portuaires maritimes de l’Europe méditerranéenne sont les premières touchées par les mouvements successifs de la mondialisation au cours des époques moderne et contemporaine. Qu’il s’agisse de faire face à la concurrence d’autres places ou de s’adapter aux bouleversements de la conjoncture, elles ne cessent d’évoluer au rythme des multiples recompositions de leurs environnements. Le rapport port -villes en est fortement bousculé

 

Les ports au secours des villes et réciproquement

Première facette de ce nouveau visage portuaire, les espaces portuaires longtemps « dérobés à la ville » s’ouvrent pour se transformer en nouveaux quartiers urbains, de grande qualité- Hambourg, Marseille, Tanger, Gènes, etc. L’aménagement devient un enjeu essentiel de l’activité portuaire qui contribue à l’équilibre économique par la vente de droits à construire mais également à la capacité d’innovation des ports sur de nouveaux créneaux comme les énergies renouvelables, les mobilités électriques, etc. Le déploiement de la boucle thalassothermie sur le périmètre d’Euromediterranée en est un exemple.

 

Cette hybridation semble fertile puisque plus qu’un assemblage, un côtoiement, ce sont de nouveaux modèles d’aménagement et de développement portuaires qui s’imposent inventant de nouvelles fonctionnalités portuaires : acteurs culturels, scientifiques, démonstrateurs de nouveaux usages urbains, acteur touristique, promoteurs immobiliers et d’espaces commerciaux, …. 

 

Recomposition territoriale pour répondre aux nouvelles contraintes portuaires

L’évolution des ports en ports à conteneurs est un phénomène qui induit une course au gigantisme des bateaux, en capacité désormais de transporter 20-25 000 conteneurs. Le défi majeur des ports est de s’adapter à ces navires hors normes.

 

Une évolution qui passe par de grandes infrastructures : création de ports en eaux profondes, dragage des canaux pour encore plus de profondeurs, élévation des ponts, aménagement de zones industrialo-logistique directement connectés aux ports.Mais également par des services spécifiques pour répondre aux exigences de productivité : équipements ultra-modernisés, automatisation des activités de transbordement, connexions performantes pour des multi-modalités… Ce renouveau des espaces portuaires implique souvent des délocalisations plus ou moins loin des villes- Med Tanger, Fos sur Mer, projet Enfida à Tunis…et donc reconfigurent des espaces territoriaux, souvent à la grande échelle territoriale, l’échelle métropolitaine ou régionale

 

Les couples ville-ports, métropole-port, région-port devront désormais maitriser les impacts de ces délocalisations, en termes d’aménagement du territoire, c’est-à-dire d’infrastructures de mobilité, d’organisation des espaces d’activités ou encore en termes de politique d’emplois, et de mise en réseau des activités.

 

Les ports pollueurs ou acteurs du développement durable ?

Les Ports et le développement durable est une équation encore difficile.  Les citoyens y sont de plus en plus sensibles et dénoncent des pollutions multiples : air, marine, sol et le manque de visibilité sur les retombées en termes d’emplois… Les règlementations et les projets en cours laissent envisager une évolution positive en terme environnemental et les emplois portuaires mutent au profit d’une grande diversité et palette de compétences. 

 

Les Ports engagent un processus de reconversion « éco-port » et d’accompagnement aux nouveaux emplois (politiques de formation). Ils pourraient ainsi passer du statut de pollueur à celui d’acteurs de la reconversion durable des territoires dans les deux dimensions de l’écologie et du social.

 

La table ronde devrait apporter des réponses à ces questionnements majeurs, nous ne manquerons pas de vous en relater le contenu.

 

Marie BADUEL